Mycorhizes du jardin-forêt : ce que l'on sait vraiment de l'automne
On lit souvent que l'automne est la grande saison des mycorhizes. La réalité est plus nuancée : certains suivis montrent un pic à l'automne, d'autres au printemps et en été. Les gestes utiles, eux, restent valables toute l'année.
Points clés
- La grande majorité des plantes s'associent à des champignons mycorhiziens : de 70 à 95 % selon les sources.
- Le champignon apporte eau et minéraux ; la plante lui fournit des sucres, jusqu'à 20 % de ceux issus de la photosynthèse selon une source de vulgarisation.
- Le calendrier saisonnier n'est pas tranché : il varie selon l'essence, le site et la méthode de mesure.
- Le travail du sol et les apports de phosphore sont les deux pressions les mieux documentées.
- Mélanger les essences n'augmente pas automatiquement la diversité des champignons : le choix des arbres compte aussi.
Sous un jardin-forêt, une grande partie de la vie reste invisible. Les mycorhizes, ces associations entre des racines et des champignons, y jouent un rôle central. Elles sont bien connues dans leurs grandes lignes, mais le détail de leur calendrier l'est beaucoup moins.
Une alliance très répandue
Une mycorhize associe un champignon aux racines d'une plante. Ses filaments, le mycélium, explorent un volume de sol que les racines n'atteignent pas seules.
Les chiffres varient selon les sources. Jardiner Autrement indique que 95 % des végétaux forment des mycorhizes, tandis que l'université du Cap, à propos d'une étude de 2023, parle de 70 à 90 % des plantes terrestres. Retenons « la grande majorité ». Une revue scientifique de 2015 estime que ces champignons peuvent fournir jusqu'à 80 % de l'azote et du phosphore de la plante.
Deux grandes familles comptent au jardin-forêt. Les ectomycorhizes forment un manchon autour des racines fines et concernent des arbres comme le chêne, le noisetier ou le hêtre. Les endomycorhizes pénètrent dans les cellules de la racine. La truffe, associée au chêne et au noisetier, est l'exemple le plus connu des premières.
Un échange, pas un cadeau
Le champignon fournit de l'eau et des minéraux peu mobiles, notamment le phosphore. La plante lui cède des sucres : jusqu'à 20 % de ceux issus de la photosynthèse, selon Jardiner Autrement. À l'échelle mondiale, une synthèse de 2023 estime que les plantes transfèrent chaque année à ces champignons l'équivalent de 13 milliards de tonnes de CO₂.
L'automne, saison clé ? Les études ne s'accordent pas
Que l'activité s'intensifie à l'automne est possible, mais ce n'est pas établi de façon générale.
Ce qui va dans ce sens : à l'arboretum Morton, près de Chicago, un suivi mensuel de dix peuplements d'une même essence indique un pic de production de filaments à la mi-automne, quand les sols se réhumidifient après la sécheresse estivale. Le moment du pic dépend de l'essence hôte.
Ce qui nuance :
- Dans une forêt tempérée de conifères, une étude de 2020 observe que la production de mycélium est nettement plus forte de juin à septembre que de décembre à mars. La plupart des champignons mycorhiziens colonisent les pièges au printemps ou en été, l'automne étant surtout marqué par les moisissures.
- En forêt boréale de pins, le carbone récent envoyé par les arbres en fin de saison alimente directement les champignons, mais le marquage de cette étude date du mois d'août, pas de l'automne.
Ce que l'on peut raisonnablement retenir : le carbone fourni par les arbres et l'humidité du sol semblent commander le rythme. Dans une année normale, le retour des pluies peut relancer la croissance à l'automne. Ces mesures viennent surtout de forêts, pas de jardins-forêts, et aucune ne porte sur l'Ouest de la France.
Ce qui nuit aux mycorhizes
Le travail du sol. Retourner la terre brise le mycélium et enfouit les spores dans des zones peu favorables. Une méta-analyse de 54 études de terrain sur des cultures annuelles montre que le travail réduit du sol et les couverts d'hiver augmentent, de façon comparable, la colonisation des racines d'environ 30 %. Le travail réduit s'accompagne aussi de 11 % de richesse supplémentaire en champignons. Ces chiffres ne portent pas sur des arbres, mais le mécanisme reste pertinent : mieux vaut un travail superficiel, sans retournement.
Les apports de phosphore. Une méta-analyse de 2004 sur des études de terrain conclut que l'abondance des champignons mycorhiziens baisse d'environ 32 % sous fertilisation phosphatée et de 15 % sous fertilisation azotée.
Certaines cultures répétées. Toutes les familles végétales ne sont pas concernées : Jardiner Autrement vise les Brassicacées (choux, radis, moutarde) et les Chénopodiacées (épinards, betteraves) : leur culture répétée au même endroit réduit la présence des champignons mycorhiziens. Cela concerne donc la strate potagère, pas les arbres.
Diversifier les essences : utile, mais pas magique
Le lien entre diversité végétale et richesse en champignons n'est pas simple : les preuves sont partagées. En Finlande, sur des mélanges de bouleau, de pin et d'épicéa, le nombre d'essences n'a pas eu d'effet significatif sur la richesse en champignons ectomycorhiziens, sauf pour le bouleau. L'identité de l'arbre, en revanche, compte beaucoup. En Allemagne, une étude en forêt mixte a trouvé 75 taxons associés au hêtre, un nombre comparable pour le tilleul et environ deux fois moins pour le charme.
Conclusion pratique : un jardin-forêt diversifié reste une bonne stratégie pour de nombreuses raisons, mais on ne peut pas promettre qu'il multipliera les champignons.
Gestes concrets, avec leur niveau de preuve
- Limiter le travail du sol et le retournement. Bien étayé.
- Éviter les engrais phosphatés sans analyse de sol. Bien étayé par la méta-analyse citée.
- Choisir des arbres ectomycorhiziens comme le chêne, le noisetier ou le hêtre. Leurs associations sont documentées, mais l'effet sur votre sol n'est pas garanti.
- Laisser les feuilles et pailler avec des matières organiques. Pratique de bon sens : elle protège le sol, mais nous n'avons pas trouvé de mesure directe de son effet sur les mycorhizes au jardin-forêt.
- Ne pas compter sur un calendrier précis. L'automne n'exige aucune action particulière : ces gestes valent toute l'année.
Sources
- Jardiner Autrement — Les mycorhizes — définition, 95 %, 20 % des sucres, retournement du sol, Brassicacées et Chénopodiacées, truffe.
- University of Cape Town — Fungi could be essential to reaching net zero — 70 à 90 % des plantes terrestres (via un extrait de recherche).
- Hawkins et al. 2023, Current Biology — environ 13 Gt d'équivalent CO₂ par an (via un extrait de recherche).
- van der Heijden et al. 2015, New Phytologist — jusqu'à 80 % de l'azote et du phosphore (résumé, via un extrait de recherche).
- US DOE ESS — Ectomycorrhizal production phenology — pic à la mi-automne à l'arboretum Morton.
- Štursová et al. 2020, Journal of Fungi — production plus forte de juin à septembre.
- Högberg et al. 2010, New Phytologist — dépendance des fructifications au carbone récent en fin de saison (via un extrait de recherche).
- Bowles et al., Journal of Applied Ecology — 54 études, +30 % de colonisation, +11 % de richesse (résumé via un extrait de recherche).
- Treseder 2004, New Phytologist — baisse de 32 % sous phosphore, de 15 % sous azote (résumé via un extrait de recherche).
- Otsing et al. 2021, Frontiers in Microbiology — richesse des essences et champignons en Finlande.
- Étude sur le parc national de Hainich — hêtre, tilleul, charme (via un extrait de recherche).
Ce que les sources ne permettent pas d'affirmer
- L'automne n'est pas établi comme la saison de pointe générale des mycorhizes : les études se contredisent et les méthodes diffèrent.
- Aucune étude consultée ne porte sur les jardins-forêts, ni sur l'Ouest de la France.
- Les espèces de champignons associées aux arbres d'un jardin-forêt français ne sont pas identifiées.
- L'effet précis de la température et des pluies d'automne reste à mesurer localement ; le lien avec la réhumidification vient d'un seul site américain.
- Plusieurs résultats viennent de résumés ou d'extraits, et non de l'article complet ; ils sont signalés dans les sources.
- L'effet direct du paillage sur les mycorhizes n'est pas chiffré ici.
- L'étude finlandaise est boréale : elle ne se transpose pas directement à un climat tempéré.