Faire son terreau de feuilles : pourquoi le composter à part, combien de temps, et que penser de l'urine ou des feuilles de noyer

Le terreau de feuilles n'est pas un compost comme les autres : il se forme lentement, au frais, par l'action des champignons. Il nourrit peu, mais améliore le sol. Voici comment le réussir, avec les limites de ce que l'on sait sur l'urine et sur le noyer.

Points clés

  • Le terreau de feuilles s'obtient par une décomposition lente et fraîche, à dominante fongique. Il ne demande aucun retournement.
  • Comptez 6 à 12 mois pour des feuilles broyées, un peu plus d'un an pour des feuilles entières.
  • Son intérêt est la structure du sol : aération et rétention d'eau. Il est pauvre en éléments nutritifs.
  • L'urine apporte l'azote qui manque aux feuilles et peut relancer la chauffe, mais on obtient alors plutôt un compost chaud qu'un terreau de feuilles.
  • Le noyer se dégrade plus lentement. Les avis divergent sur l'usage de ses feuilles : mieux vaut les traiter à part et tester le résultat.

Chaque automne, le jardin-forêt reçoit des feuilles gratuitement. On peut les laisser sur place ou en ramasser une partie pour produire un amendement fin, utile aux semis et aux sols difficiles.

Pourquoi composter les feuilles à part

Un tas de compost classique associe des matières variées et monte en température sous l'action des bactéries. Les feuilles mortes suivent un autre chemin : la Royal Horticultural Society (RHS) décrit un processus fongique, tranquille, qui se déroule au frais et sans retournement.

Les garder à part présente trois avantages :

Le compost garde son rôle : il apporte davantage d'éléments nutritifs. Les deux se complètent.

Combien de temps faut-il ?

La RHS annonce souvent un terreau fin et utilisable en 6 à 12 mois lorsque les feuilles sont broyées. Son auteur ouvre ses sacs ou sa cage après un peu plus d'un an. Les feuilles entières donnent un produit nettement plus grossier.

La durée dépend aussi de l'espèce :

Feuilles Comportement selon la RHS
Chêne, bouleau, hêtre, érables, noisetier, charme Fonctionnent le mieux
Persistants, noyer, platane, sycomore, châtaignier Plus lents, mais utiles
Aiguilles de conifères 2 à 3 ans ; le pin donne un terreau acide

Faire son terreau, étape par étape

  1. Ramassez des feuilles humides. Si elles sont sèches, mouillez-les : le processus a besoin d'humidité.
  2. Broyez si vous êtes pressé. Ce n'est pas obligatoire, mais le broyage accélère nettement la décomposition.
  3. Stockez dans un contenant aéré. Une cage de grillage ou des sacs percés conviennent : l'air favorise l'activité des champignons.
  4. Vérifiez l'humidité pendant l'été. Un tas sec cesse d'évoluer.
  5. Patientez, sans retourner. Le terreau est prêt quand il est sombre, friable et que l'on ne reconnaît presque plus les feuilles.

L'urine peut-elle accélérer la décomposition ?

Oui, probablement, mais pas pour obtenir le même produit. Les feuilles sont riches en carbone et pauvres en azote. Une thèse de l'université d'Auburn a montré que l'urine abaissait fortement le rapport carbone/azote de feuilles de chêne, ce qui améliore le compostage.

Trois travaux donnent des repères :

Notre lecture, qui est une déduction et non un résultat d'étude : un tas de feuilles qui chauffe sous l'effet de l'urine fonctionne comme un compost chaud. Il sera plus riche en azote, mais ce ne sera plus le terreau de feuilles lent et fongique décrit plus haut. Si votre objectif est un terreau pour semis, laissez faire le temps. Si vous cherchez surtout à valoriser un grand volume de feuilles, l'urine a du sens.

Précautions. Une odeur d'ammoniac signale un excès d'azote : ajoutez des feuilles. Les fiches qui résument les recommandations de l'OMS conseillent de stocker l'urine un mois pour un usage familial, six mois si les cultures sont consommées par d'autres personnes, et de ne plus en apporter dans le mois qui précède la récolte.

Feuilles de noyer et effets allélopathiques

Le noyer produit de la juglone, une substance qui peut gêner d'autres plantes. C'est le cas le plus documenté, et il reste discuté. Selon la bibliothèque horticole de l'université de Washington, la source principale de toxicité est la racine, plutôt que la feuille. Elle rapporte aussi un avis de l'université d'Ohio : la juglone se dégrade en 2 à 4 semaines au contact de l'air, de l'eau et des bactéries, et en deux mois au plus dans le sol. D'autres auteurs cités sur la même page restent opposés à l'usage de ces résidus.

La recherche ne tranche pas non plus. Une étude menée sous noyer noir (État de New York) a conclu que la juglone ne persiste pas dans le sol et a jugé son effet allélopathique douteux en conditions de terrain. D'autres travaux en discutent les mécanismes. Ces résultats concernent le noyer noir, pas notre noyer commun.

Conduite prudente : faites un petit tas séparé pour les feuilles de noyer, laissez-le évoluer longtemps, puis testez le terreau en y plantant quelques plants de tomate, très sensibles à la juglone. Ne l'utilisez que s'ils poussent normalement.

Pour le chêne et le châtaignier, nous n'avons pas trouvé de source sérieuse montrant un risque pour le jardin. La RHS les classe simplement, l'un parmi les meilleures feuilles, l'autre parmi les plus lentes.

Trois usages au jardin-forêt


Sources

Ce que les sources ne permettent pas d'affirmer

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